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Arrêt sur images, la piste de l'autorégulation PDF
Nouveaux médias et droit de l'information
Écrit par Alexandre Kececi   
Lundi, 29 Mars 2010 19:46

Daniel Schneidermann, fondateur d'ASILe site de décryptage des médias Arrêt sur images représente une forme de contrôle déontologique, renforcé par l'esprit de communauté en ligne. L'autorégulation est-elle une piste à suivre?

De grands espaces inexplorés et des lois difficiles à faire appliquer ; des contrevenants qui ne sont poursuivis qu'en cas de délits graves, par des autorités désemparées ; et parfois, des justiciers, qui sillonnent ces étendues, mus par leur désir de rectitude : en matière de droit de l'information, les médias en ligne peuvent rappeler la conquête de l'Ouest du cinéma. Les manquements aux règles journalistiques donnent parfois lieu à des poursuites, mais il n'existe pas toujours les outils juridiques pour relever les fautes de déontologie. Il existe pourtant une autre voie, celle de l'autorégulation, l'observation du flux de l'information par des médias spécialisés, ou par des communautés en ligne.

 

Arrêt sur images, ou ASI pour les initiés, s'est placé, dès sa création, en 1995, dans une optique de décryptage des médias. D'abord émission télévisée, sur France 5, elle sera arrêtée en 2007, pour se muer en un site web payant. Ce nouveau média, également diffusé en France sur la TNT propose actuellement, en ce qui concerne l'actualité, deux  productions par semaine : @rrêt sur images, animée par son fondateur, Daniel Schneidermann ; et la ligne j@une, présentée par Guy Birenbaum, chroniqueur notamment chez Europe 1. Ces émissions se penchent sur l'actualité "refroidie", pour tenter d'y révéler les forces qui animent l'information quotidienne, les limites déontologiques que rencontrent les journalistes, et les coutures des images fortes montrées dans différents journaux. Cette surveillance est maintenue par les journalistes d'ASI, mais aussi par un travail de revue de presse. Ainsi, si certaines perles (voir la vidéo plus bas) sont révélées par l'équipe d'Arrêt sur images, il arrive que l'émission se fasse le relais d'autres médias.

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Un média unique

 

Car évidemment, ASI n'est pas la seule émission à décrypter l'actualité. Outre les analyses de la presse écrite, spécialisée ou non, qui existent depuis bien longtemps, le concept a fait des petits, comme par exemple Médias le Mag, sur France 5, ou + Clair, sur Canal +. Mais ce qui fait la particularité d'Arrêt sur images aujourd'hui est sa nouvelle formule en ligne, après son éviction plutôt agitée de France Télévision en 2007. Depuis lors, en effet, le site a pris son indépendance, car son unique ressource est constituée par les abonnements, ce qui, selon ledit site, "garantit [sa] totale indépendance par rapport à tous les pouvoirs, institutions, entreprises, annonceurs, ou aux autres médias."

 

De plus, le nouveau support de l'émission lui a permis d'élargir son spectre d'observation. Si auparavant, l'émission télévisée avait pour unique et délicate mission de critiquer la... télévision, aujourd'hui, tous les médias sont passés au crible, la plate-forme en ligne donnant la possibilité d'illustrer les analyses par du contenu audio, des vidéos et des liens. Notons d'ailleurs qu'ASI, tout en s'interrogeant sur leurs travers, affiche un certain engagement envers les nouveaux médias, en donnant la parole aux blogueurs et aux journalistes en ligne. Cela peut s'expliquer d'une part, par le soutien de la blogosphère qu'à reçu l'émission, lors de son arrêt voulu par France 5. D'autre part, ses rédacteurs sont très actifs dans les nouveaux médias, notamment dans leurs blogs personnels. Mais il faut également savoir que le site a développé depuis sa création un véritable esprit de communauté auprès de ses abonnés, les @sinautes, qui ont la possibilité de débattre sur les sujets abordés dans les émissions. Il n'est d'ailleurs pas rare que l'animateur, les chroniqueurs et les intervenants participent au débat.

 

Communauté et transparence

 

Cette volonté de transparence a toujours été la marque de fabrique d'Arrêt sur images. Déjà, à ses débuts, jusqu'en septembre 2006, l'émission non-montée était rendue disponible sur Internet, ce qui incluait parfois les discussions des invités après que l'émission soit finie. De plus, à l'époque, Daniel Schneidermann consacrait une émission par mois aux critiques des téléspectateurs, auxquels il expliquait les choix éditoriaux. Aujourd'hui, les discussions des @sinautes sont modérées avec attention, et donnent parfois lieu à des émissions (voir la vidéo plus bas), ou à la publication d'un commentaire particulièrement pertinent.

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Des initiatives qui alimentent les débats, bien que toujours guidés par des choix rédactionnels. Il se dégage dès lors une réflexion critique commune à propos du traitement de l'information, et des limites qui auraient été franchies.

 

Autorégulation

 

Petit clin d'oeil de la part des animateurs des émissions, même si par moments, ils tutoient les journalistes, ils ne se déclarent jamais comme tels. Ils s'opposent ainsi à une certaine image corporatiste de la profession de journaliste, qui nuirait à leur crédibilité. Arrêt sur images s'affiche ainsi comme un média indépendant, même vis-à-vis du journalisme. Son rôle d'observation n'a rien d'institué, mais il contribue au mieux à créer une réflexion collective sur les médias, et au minimum à pointer du doigt les limites du journalisme.