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Quel modèle économique pour les médias en ligne?
Écrit par Lara Murga Ferreiro   
Lundi, 19 Avril 2010 13:15

 

Ces dernières années, la Toile a vu naître et se développer des sites d'information propres. En d'autres mots, pas des versions en ligne de grands médias traditionnels. Ils profitent de l’outil Internet pour offrir texte, image et vidéo ensemble. Ce qui exige de gros investissements publicitaires.

Il arrive souvent d'ouvrir le site du Soir ou de La Libre et d'être assailli par des bannières publicitaires ou d'être obligés de voir une annonce avant la vidéo qui nous intéresse. En ces temps de vaches maigres, la publicité cherche sur Internet la place qu'elle est en train de perdre dans les médias traditionnels. Selon l'Union belge des annonceurs, le total d'investissements publicitaires pour la période de janvier à juin 2009 a diminué de 5 % par rapport à l'an dernier. Pourtant, la publicité en ligne est la seule à augmenter dans toute l'Europe depuis le début de la crise financière.

Le rapport entre financement des médias et publicité n’est pas quelque chose de nouveau. En fait, un des pionniers de la presse anglaise, The Public Advertiser, ne contenait que des annonces.  Aujourd'hui, 70 % des revenus des journaux proviennent encore de la publicité. Suite à la récession économique, les annonceurs ont commencé à s'éloigner du papier. Résultat: la chute mondiale des investissements publicitaires entraîne la disparition de nombreux emplois et médias eux-mêmes. Rien qu’aux Etats-Unis, le secteur de la presse papier a perdu l'année passée 5.200 emplois (chiffres de l'ASNE, American Society of News Editors). En Espagne, la fédération des associations de journalistes a estimé que près de 3.000 postes (sur environ 30.000) de journalistes ont été supprimés depuis près d'un an.

Le partage du gâteau

Faire face à la crise des annonceurs n'est pas le seul enjeu des médias en ligne. Aujourd'hui, la bête noire s'appelle Google. Le moteur de recherche américain est de plus en plus présent dans le marché de la publicité sur Internet. Il a notamment introduit de nouveaux formats comme l'Adsense ou l'Adword. Ceux-ci permettent aux entreprises d'adapter leurs annonces aux goûts et aux intérêts de l'internaute. En septembre de 2009, Google a lancé Double Click Adexchange, une plate-forme d’achat et de vente aux enchères de bannières publicitaires. Cette publicité contextuelle augmente au fur et à mesure que les réseaux sociaux (Facebook, Twitter) ont plus d'utilisateurs. Grâce aux différents outils, les réseaux sociaux offrent des espaces publicitaires plus attirants pour les annonceurs.

Un autre modèle est possible

Sur Internet, il y a de plus en plus de sites d'information d'accès libre et gratuit. Etant donné qu'ils ne font pas payer leurs contenus, la publicité devient la seule source de revenus. En Espagne, un site comme lainformacion.com, ne pourrait pas exister sans la publicité. C’est un site de grande qualité et indépendant de tout groupe d'entreprises. Son succès s'oppose au cas de Soitu, qui a fermé en novembre 2009. La santé financière de Soitu dépendait exclusivement de la publicité et d'un unique actionnaire, BBVA, deuxième banque du pays. Au moment où la BBVA a arrêté d’injecter de l'argent, avec une crise encore plus dure en Espagne, le site Soitu n’a pas pu survivre.


Qu'est-ce que l'échec d’un site comme Soitu peut nous montrer? Face à un modèle peut-être trop dépendant des recettes publicitaires, d'autres possibilités s'ouvrent. Rue89 utilise un modèle économique mixte dans lequel la publicité n'est pas la seule source de revenus. Elle est combinée à des activités de prestation de service (développement de sites pour d'autres clients), de formation continue et de vente de produits dérivés. Par ailleurs, l'actionnariat est composé des fondateurs de Rue89 et d'un groupe d'investisseurs amis. Rue89 se différencie aussi du site Soitu par la taille de sa rédaction: 20 salariés face à 38 pour le site espagnol. En bref, Rue89 est plus proche de la recette magique donnée par Eric Scherer, animateur du site Mediawatch: ne pas dépendre d'un seul actionnaire, commencer petit et ne pas dépendre de la seule publicité.

Mais ce n'est pas seulement en raison d'une logique économique que certains médias gratuits préfèrent un modèle mixte. La diversité des sources de revenus est aussi une garantie d'indépendance du média. Pour revenir au cas du site espagnol Soitu, il s'est lancé avec le slogan "No mass medias". Une véritable déclaration d'intentions pour l'avenir de l'information sur Internet.

Lara MURGA FERREIRO