Home Les journalistes et leur(s) blog(s): liberté, identité, diversité? Les blogs comme moyen d'expression dans les pays où la liberté de la presse est malmenée
Les blogs comme moyen d'expression dans les pays où la liberté de la presse est malmenée PDF
Les journalistes et leur(s) blog(s)
Écrit par Bruno Saleh   
Lundi, 26 Avril 2010 15:22

 

Comme outil interactif, le blog favorise la démocratie participative. Mais cet outil reste jusque-là ambivalent. Les journalistes s’en servent pour critiquer les régimes. De son côté, le pouvoir autoritaire trouve dans l’internet un moyen de contrôler l’information.

Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit“, stipule l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme . Même si l’application de ce principe rencontre une résistance au niveau des canaux officiels, elle trouve une voie à travers les blogs. Le 15 avril 2010 le site de Reporters sans frontières titrait Le prix spécial "Liberté d’expression" parrainé par Reporters sans frontières, remis à la journaliste iranienne Jila Bani Yaghoob.  La blogueuse, journaliste et militante des droits de la femme, a reçu ce prix pour son blog  « We are journalists ».

Cette consécration lui a été attribué à l’occasion de la sixième édition du concours international « Best of the Blogs », organisé à Berlin par la Deutsche Welle.  Jila se sert de son blog  et lutte pour la liberté d’expression dans son pays. Cette journaliste brave dangers et menaces du régime en place. Mais l’intimidation du pouvoir iranien ne l’arrête pas. Son mari d’ailleurs va passer quelques années en prison. Pour Reporters sans frontières, le prix attribué à Jila devient le symbole de reconnaissance de tous ces blogueurs et journalistes iraniens qui ont été arrêtés, emprisonnés ou contraints à l’exil ces derniers mois.

Le blog, un moyen pour échapper à la censure

Le blog est un bon moyen pour contourner la censure des pouvoirs autoritaires. La liberté d’expression se joue à ce prix. Le blog confère une certaine liberté d’expression pour des sujets tabous pour le régime. Pour Jila, il faut informer les Iraniens et le reste du monde de ce qui se passe dans ce pays.  Le blog non accessible en Iran reste consultable en dehors  des frontières du pays. Reporters sans frontières qualifie l’Iran de  « Ennemi d’Internet » . Le régime de Mahmoud  Ahmadinejad pense que les nouveaux médias servent  des intérêts étrangers. Dans cette catégorie figurent aussi les autorités de l’Arabie saoudite qui traquent le blog du journaliste et militant des droits de l’homme saoudien Trad Al-Asmari .

Le blog est  un espace où des individus ou des réseaux font circuler leurs informations, leurs idées, leurs opinions. Il permet la réalisation de la liberté d’expression. L’illusion est de croire que le blog échappe à tous les méandres de la censure qui frappe parfois la presse officielle dans certains pays.  Cet outil donne l’impression d’une révolution démocratique. Tout bloggeur s’exprime librement sur un certain nombre de sujets selon ses opinions. Il lui est même possible de créer des liens hypertexte ou de diversifier ses sources de l’information.  L’interaction de cet outil favorise des échanges entre le journaliste blogueur et son public.  Ce forum démocratique entraine souvent des ennuis au journaliste  dans un pays à régime autoritaire .

Les fans la considèrent comme la véritable agora du XXIème siècle, le blog devient le lieu d’exercice de la  liberté d'expression. Le blog peut favoriser l’émergence d’une démocratie participative. Mais l’ère de la transparence ne profite qu’à un régime qui veut jouer francs jeux. Sinon, pour le reste, le blog dérange l’espace public ou porte atteinte à la sécurité de l’Etat. Les dérives de la part de ce système d’information peuvent aussi exister avec l'émergence d'opinions anti-démocratiques et l'apparition de propos injurieux ou nuisibles à autrui.

Les blogs révèlent une certaine créativité qui sort le journalisme d’une certaine sclérose. Mais la liberté de ton qui le caractérise entraine des résistances chez les uns et des représailles chez les autres. Aujourd’hui, les chinois trouvent par exemple, l’internet comme un moyen virtuel pour exercer leur droit de vote. Les autorités chinoises ne veulent pas fermer l’œil face à ce phénomène apparemment innocent. Le magazine américain Time vient de publier 100 personnalités « les plus influentes » de l'année 2010 parmi lesquelles figurent, le dissident emprisonné Liu Xiaobo et des membres  du Parti communiste chinois comme Bo Xilai ou Wang Qishan. A voir ces exemples, il y a lieu de penser que les blogs menacent certains régimes. En  Tunisie, internet permet l’accès à des informations interdites. Mais  pour le pouvoir, c’est un canal de contrôle.

La censure gouvernementale sur le Web est en hausse. Il est difficile de contrôler tous les citoyens créant du contenu  sur  la toile. Cette situation fait partie de mécanismes courants des gouvernements habitués à contrôler la presse traditionnelle et les médias de masse. Google pointe le régime de Pékin et d’autres gouvernements qui  s’opposent au principe d’ouverture d’Internet et violent également l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.

L’internet permet une mobilisation rapide. Les soulèvements de l’Ukraine, de la Moldavie de Birmanie et de l’Iran ont été organisés pour une large part sur internet.  Un blogueur peut être plus crédible qu’un journal officiel qui « cachent » les informations. Le journaliste et blogueur Evgueny Morozov met en garde contre l’illusion de croire qu’il suffit de créer un blog pour renverser le régime. Certes, "tout le monde ne peut pas devenir Lénine".

Au Maroc, Bashir Hazzam a osé publier un communiqué en arabe sur une manifestation des étudiants dans son pays. Il fut arrêté et accusé  de “publication d'informations fausses pouvant nuire à l'image du pays sur le respect des droits humains”. On peut aussi mentionner la menace de Wikileaks pour les régimes autoritaires et même pour la CIA américaine. Wikileaks joue un rôle de contre-pouvoir en publiant  sur son blog des documents très secrets. On se rappellera des affaires de corruption au Kenya, des rejets toxiques d’un groupe pétrolier au large de la Côte d’Ivoire, des objectifs internes de l’Eglise de Scientologie etc. Le blog sert également à mobiliser l'opinion publique et à influencer les responsables politiques.

Rester de  vrais veilleurs

L’avènement des blogs révèle que  la liberté de presse n’est pas un acquis et varient d’un pays à l’autre. Pour échapper aux barrières officielles, les blogs facilitent la libre circulation de l'information. Les régimes autoritaires en profitent pour contrôler le flux d’information qui passe par ce canal. Les blogs permettent aux militants et aux journalistes de dénoncer certaines dérives du régime en place. Parmi les  objectifs : dénoncer les crimes contre l'humanité, le non respect des droits de l'homme, obtenir la libération de prisonniers politiques. Mais l’esprit critique doit rester toujours en éveil pour éviter le dérapage avec ce nouvel outil.

Bruno SALEH