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Les développements inter-médias
Écrit par Visnja Djuric   
Lundi, 03 Mai 2010 16:33

La concurrence médiatique ne date pas de hier. Mais la révolution numérique et l’implantation de plus en plus importante des médias sur le Web ont engendré une concurrence frontale entre le privé et le public. Une concurrence nouvelle et inquiétante. Mais aussi déloyale selon les éditeurs privés francophones qui ripostent contre la RTBF.be.

A l’ère numérique, la convergence des médias traditionnels bouleverse le jeu de la concurrence sur le marché de l’information. Télé, radio, presse écrite en ligne, téléphonie mobile, télétexte..., les organes de presse mettant la main sur tous les médias traditionnels et sur les nouveaux médias pour décliner l’information et toucher un public le plus vaste possible. Dans cette logique inter-médias, chacun semble marcher sur les plates-bandes de l’autre : les médias qui n’étaient pas en concurrence avant, le sont aujourd’hui.


Cette disparition des frontières entre les divers médias sur le web a réveillé les cris en faveur d’une régulation du nouvel espace médiatique, surtout du côté du privé. Le privé qui rivalise désormais avec le service public, lui, cherchant à concentrer ses activités sur la toile. La BBC, l’ARD, la ZDF, la SSR et, depuis récemment, la RTBF ont chacune développé un pôle internet dans l’esprit du développement inter-médias. L’objectif : conquérir un nouveau public, la génération Internet. L’argument de vente : une information gratuite ! Et voici une déclaration dangereuse dans un contexte où on cherche à rendre les contenus des sites d’informations payants pour pouvoir survivre.

 

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Source : RTBF, émission interMédias (21 janvier)

 

Lorsqu’en janvier 2010, la RTBF a fièrement exhibé son nouveau logo rtbf.be, accompagné d’un vaste plan multimédia, l’entreprise publique s’est heurtée au front commun des éditeurs privés de la presse écrite et audiovisuelle. Ces derniers lui reprochent d’exercer des activités commerciales – jeux, concours et publicités- sur son site sans aucune autorisation ou débat préalable. La RTBF outrepasserait aussi ses missions en tant que service public par ses productions écrites accompagnées d’images fixes. Selon les éditeurs privés, il s’agit d’une « concurrence déloyale subventionnée par les pouvoirs publics ». Car dans un contexte de course aux subsides, « la RTBF a donné l’impression qu’elle a devancé les médias privés, qu’elle leur a coupé l’herbe sous le pied alors qu’elle bénéficie déjà des dotations de la Communauté française», analyse Amandine de Gand, doctorante en communication à l’UCL. Du coup, dans ce climat tendu, la RTBF a décidé de faire profil bas. Une source bien informée à la RTBF nous glisse que l’entreprise publique refuse de publier les chiffres de fréquentation de son site, en plein essor, pour éviter de mettre les autres éditeurs de contenu en rage.

 

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Source : Ibid

 

 

Une information gratuite ?

 

En réalité, ce qui semble agacer le plus c’est « l’offre de la gratuité ». « Rien n’est gratuit ! Le citoyen paye ses impôts et une partie de cet argent est versée à la RTBF. La cerise sur le gâteau est quand l’administrateur général de la RTBF fait des annonces fracassantes du style « chez nous c’est gratuit » comme si le citoyen n’était pas obligé de payer une radio-télé redevance.», s’indigne la secrétaire générale des Journaux francophones belges, Margaret Boribon. « C’est de l’information mensongère, une distorsion de concurrence car on est sur un marché instable, où il n’existe pas de modèle économique satisfaisant pour les producteurs de contenus créatifs », déplore-t-elle.

 

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Source : Ibid

 

Un danger pour le pluralisme de l’information ?

 

Le débat sur les activités du service public sur le web représente également un enjeu pour la diversité de l’information. La question est de savoir comment garantir le pluralisme dans un contexte où les médias ne disposent pas les moyens pour produire une information de qualité. La presse peine non seulement à établir un modèle économique efficace face au développement du Web mais aussi, sous l’effet de la crise économique, à maintenir ses revenus publicitaires.
Critiquée par Rupert Murdoch, en Grande Bretagne, la BBC a reconnu que le succès de son site internet mettait en danger le pluralisme d’information. Pour des raisons démocratiques, elle s’est engagée à réduire, d’ici 2013, de 25 % ses pages et à renvoyer les visiteurs de son site vers les contenus de ses concurrents privés. Plus d’infos

 

 

« Il est temps de réguler »

 

Assurer la coexistence entre le privé et le public à l’ère numérique représente un enjeu majeur car le phénomène inter-médias risque uniquement de s’accentuer. « Le public est habitué au site de la RTBF. Il ne va pas disparaître. Quelque part, les éditeurs privés savent que leur combat est perdu d’avance. Mais ils espèrent obtenir des aides publiques supplémentaires pour mener à bien leur stratégie sur les nouveaux médias. Ils veulent surtout attirer l’attention des autorités publiques en faveur d’une concurrence plus juste », conclut Amandine Degand. C’est pourquoi, les pays européens cherchent une formule d’encadrement des activités du service public sur le Web. En Belgique, cette régulation devrait s’installer avec la mise en place des, tant attendus, « Etats généraux de la presse et des médias » vers la fin de 2010.

 

 

Plus d'infos

 

Quand la RTBF.be s'appelait encore RTBF, par Amandine Degand

 

Visnja Djuric