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Les développements inter-médias
Écrit par François Caudron et Thomas de Brouckère   
Lundi, 03 Mai 2010 19:52

L’arrivée des nouvelles technologies bouleverse le quotidien des journalistes, elle transforme les méthodes de travail et la collaboration entre rédaction de médias différents. Face à ces réorganisations de taille, le journaliste doit adapter ses pratiques aux nouveautés du moment.

 

L’homme assiste depuis quelques décennies à une révolution technologique sans précédent. L’arrivée d’internet ainsi que le développement des technologies numériques ont bouleversé le quotidien des journalistes. L’évolution des méthodes journalistiques les incitent à développer la collaboration entre les rédactions des différents médias, à multiplier les relations entre confrères et à être polyvalents.

 

L’adaptation des journalistes aux nouvelles méthodes de travail ne s’est pas faite en un clin d’œil. Leur attitude a évolué au fil du temps. Auparavant les journalistes de la radio et de la télévision collaboraient peu entre eux et gardaient jalousement leurs informations pour leur propre média. Les rédactions étaient alors séparées voire concurrentes.

 

Lors de l’arrivée de la presse en ligne dans les rédactions, les journalistes ont continué à privilégier le transfert de l’information via les médias traditionnels. Internet n’avait alors pour les journalistes que l’avantage d’apporter un support supplémentaire à leurs publications.  « A la fin des années 90, quand le journal ‘Le Soir’ a décidé de créer son  site en ligne, le support  ne servait qu’à mettre le journal papier à l’écran. A l’époque, l’arrivée de ce nouveau média  a même été source de  conflits. Si un journaliste avait un scoop à publier dans le journal du lendemain, il s’opposait à ce que cette information  soit révélée par le site internet le soir même », se souvient Marc Vanesse, ancien journaliste au Soir et chargé de cours au département d’information et de communication de l’Ulg.

 

A l’origine, la collaboration entre les médias traditionnels et les médias en ligne a été ressentie par les journalistes comme une atteinte à leur crédibilité. « Au début, les journalistes  se demandaient ce que les gestionnaires du site allaient faire de leur papier, explique Marc Vanesse. Ils estimaient que leur logique n’était pas la même et que les métiers n’étaient pas conciliables ». Les gestionnaires des sites en ligne étaient perçus comme étranger au métier de journaliste. La sélection des gestionnaires du site d’un média se faisait d’ailleurs en fonction des aptitudes technologiques des candidats et non en fonction de leurs savoir-faire journalistiques.

 

Avec les années, l’idée du développement inter-médias a évolué. Les groupes de presse ne se sont plus contentés d’être présents sur plusieurs médias. Ils ont commencé à véritablement décliner leurs informations sur ces différents médias. « C’est d’ailleurs un enjeu pour l’entreprise d’avoir une stratégie vers l’extérieur, explique Alain Gerlache, spécialiste des médias à la RTBF. Mais cette stratégie vers l’extérieur doit faire en sorte que la mobilisation à l’intérieur, les circuits de décision, les procédures de fonctionnement soient les plus efficaces possibles ». Qu’elles appartiennent à la radio, à la télévision, au journal papier ou encore au site en ligne, les rédactions d’une même entreprise ont donc dû abandonner leur esprit de compétition pour se mettre à travailler ensemble.  Un exemple significatif de cette métamorphose au sein des rédactions est le passage de la RTBF en 2008 à un  « pôle info »  intégré. Au troisième étage du boulevard Reyers, travaillent désormais de concert, les 200 journalistes radio, télé et internet confondus.

 

« A l’intérieur d’une même entreprise, le développement inter-médias favorise la collaboration entre journalistes, affirme Alain Gerlache. Mais il y a encore des pesanteurs car on ne quitte pas un monde du jour au lendemain parce qu’il y a des évolutions économiques ou sociales ». Les capacités d’adaptation et de polyvalence exigées ne sont pas toujours faciles à appréhender pour certains anciens journalistes, même si d’autres y arrivent de façon remarquable. « Il n’y a  pas encore aujourd’hui à ma connaissance de rédaction qui soit parfaitement intégrée, remarque Marc Vanesse. Très honnêtement vous aurez toujours des réfractaires, et des boudeurs, ceux qui ne s’y feront jamais. Mais prenez par exemple le cas d’Alain Lallemand au Soir, quand il part en mission, il s’équipe de téléphones satellites, de petites caméras etc. Il devient alors en quelque sorte le journaliste multimédias qui va fleurir aux quatre coins des rédactions ».

 

Même si les spécificités et les fondements du journalisme ne se trouvent en rien transformés, les supports médiatiques en constante évolution incitent le journaliste à adapter ses techniques de travail à leurs contraintes. Le manque de temps et l’obligation de polyvalence compliquent cette transformation.

 

François Caudron et Thomas de Brouckère