Home Le journalisme citoyen est-il encore du journalisme? "Tous journalistes", une introduction
"Tous journalistes", une introduction PDF
Journalisme citoyen
Écrit par Bertrand   
Dimanche, 07 Mars 2010 21:52

 

Une personne sans qualifications ni autorité particulière peut devenir la source d'informations importantes ou être témoin d'un événement qui sort de l'ordinaire. Ça, c'est ancien. Ce qui est neuf, c'est qu'il peut le médiatiser facilement. Raisons, avantages et dangers du "tous journalistes".

 

S’il se trouve au bon moment au bon endroit, chaque citoyen peut aujourd’hui transmettre rapidement une information via les nouveaux moyens de communication (Internet, GSM ...). On a pu le constater ces dernières années, à travers de grands faits d’actualité tels le tsunami ou les attentas du 11 septembre 2001.

 

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Enregistrée par un téléphone mobile, la vidéo fait rapidement le tour du monde. Clairement, le journaliste n’est plus le seul pourvoyeur d’informations. Reste la qualité du traitement de ces informations: elle n’est pas la même suivant qu’il s’agisse d’un journaliste professionnel ou d’un journaliste amateur (citoyen).

 

"Tous journalistes" : pourquoi ?


  • Pour des raisons techniques. C’est avec le développement d’Internet que s’est accru ce phénomène du “tous journalistes ”. Qui aujourd’hui n’a pas une page sur Facebook ou un compte sur Twitter ? Ces réseaux sociaux prolifèrent d’informations en tout genre. Ils sont passés de simples moyens de communication à de véritables sources d’informations. L’expérience “Huis-clos sur le net” l’a tout récemment démontré (voir à ce propos le papier de Nicolas Willems sur radiofrance.fr). Le web a également permis à des millions d’internautes d’éditer un blog, où ils postent presque quotidiennement toutes sortes d’informations (ou prétendues telles). Des informations qu’ils auront parfois recueillies quelques minutes avant, au moyen de leur téléphone portable, d’un appareil photo ou d’une caméra numérique.

 

  • Car il y a une crise de confiance entre médias traditionnels et citoyens.   Ces derniers se muent en “ journalistes” et reprochent parfois aux professionnels d’être trop attachés aux sources et aux discours officiels (en politique, notamment). De plus, la frontière entre médias et pouvoir est parfois très artificielle. Voir à cet égard le cas de l’Italie, où le président du Conseil est également le propriétaire des médias les plus influents du pays (lire le rapport de Reporters sans frontières, paru en 2003). Enfin, le fait que des médias importants soient détenus par de grands groupes industriels inquiète les citoyens sur l’indépendance de l’info. Des groupes qui n’auraient que des objectifs de rentabilité et de défense de leurs intérêts, au détriment de la qualité de l’information (voir à ce sujet l’article paru sur Mediapart).

 

De ce fait, les citoyens auraient tendance à remettre constamment en question la hiérarchisation de l’information (voire l’information elle-même), compte tenu de ces liens étroits qu’entretiennent médias, politiques et groupes industriels. Ces citoyens reprochent aussi aux journalistes de manquer de relief ou de mise en perspective dans leur propos (parfois à cause du support et de ses contraintes de temps ou d’espace). Grâce au web et aux outils qu’il propose, les possibilités ne manquent plus pour dénoncer ces prétendues collusions. Et les citoyens de proposer eux-mêmes des rectifications, des informations ou des analyses qu’ils jugent de qualité.

 

Des avantages conséquents...


  • Les citoyens peuvent capter et enregistrer un événement auquel ils assistent. Ce fut le cas lorsque des anonymes ont filmé la mort d’une étudiante iranienne, Neda Agha-Soltan, tuée pendant une manifestation à Téhéran le 20 juin. Cette vidéo s’est même vue décerner le prix du journalisme Georges Polk. En savoir plus.

 

  • Les informations rapportées par le public peuvent également avoir une fonction d’alerte : “Si les gens en parlent, c’est que c’est intéressant (ou du moins que ça les intéresse)”. Et puis aucune rédaction ne peut se permettre d’avoir un journaliste à chaque endroit du globe ; il y a donc un travail de proximité intéressant à réaliser grâce au journalisme citoyen. Enfin, on observe que les médias aussi ont pris le train en route, en ouvrant des forums sur leurs sites et en donnant, de facto, la parole aux citoyens.

 


... Et de grands dangers


  • Être journaliste est une profession et requiert une formation. Plusieurs démarches sont nécessaires avant de diffuser une information. Il faut récolter des sources ou des témoignages, les recouper et s’en assurer la fiabilité. Il s’agit également de s’abstenir de tout jugement afin de ne rendre compte que des faits (différence entre information et opinion).

 

  • Il faut respecter les règles inscrites dans le code de déontologie de la profession. En bref, on ne s’improvise pas journaliste. Certains internautes n’en tiennent pas compte et diffusent des informations qu’ils ne vérifient qu’après coup (mais au fond, que risquent-ils ?). Et lorsque l’on connaît la rapidité avec laquelle l’information se transmet sur le net... Une maladresse qui n’est cependant pas l’apanage des journalistes amateurs. Voir à ce sujet l’annonce par Jean-Pierre Elkabach du décès de Pascal Sevran.

 

Et puis, si tout le monde a le droit de dire ce qu’il pense, toutes les opinions sont-elles qualitativement équivalentes ? C’est là une des dérives de la liberté d’expression que souligne Philippe Leroyer.

Le débat est ouvert...

Bertrand Chaveriat