Home Influence du web 2.0 sur les pratiques journalistiques Des journalistes durs d'oreille?
Des journalistes durs d'oreille? PDF
Web 2.0 et pratiques journalistiques
Écrit par Sophie Poisson   
Lundi, 15 Mars 2010 13:51

lien pour réagir à un articleLes internautes prennent la parole sur le net. Ils déposent leurs réactions en bas des articles ou sur les blogs des médias notamment. Aux côtés de Vincent Genot, rédacteur en chef pour LeVif.be, nous évaluerons l'importance de ces pratiques sur le dialogue journalistes-lecteurs.

Lors de l'interview, le ton est immédiatement donné. "On accorde assez peu d'importance aux attentes des internautes. On se concentre sur notre boulot de journaliste", se réjouit le rédacteur. Il explique sa réflexion en décrivant la mise en ligne des réactions comme un espace d'expression en soi et qui ressemble finalement bien plus à un défouloir. "Il y a peu de commentaires pertinents. Seuls quelques uns m'ont permis d'angler différemment mon papier ou de l'enrichir", se souvient Vincent Genot. Alors les critiques des lecteurs sur le travail journalistique, elles ne sont pas les bienvenues. "L'attaque est facile. Mais lorsque l'on creuse un peu, l'argumentation ne suit pas", s'empresse-t-il de faire remarquer.

Tous les internautes ont la possibilité de réagir, ce qui laisse également la place aux dérives. Entre deux articles, le journaliste se doit de faire un travail de lecture et de nettoyage. Les messages à caractère racistes, xénophobes ou encore antisémites sont ainsi supprimés. Les journalistes ont d'ailleurs créés une blacklist. "Les plus vaillants changeront de compte en s'enregistrant à partir d'une nouvelle adresse mail. Mais en général, ils finissent par renoncer", se rassure le rédacteur en chef. Il regrette cependant que ce formulaire d'inscription jugé contraignant en fasse fuir certains. "En tant qu'internaute, je ne prendrais pas la peine de remplir le formulaire pour laisser un simple commentaire", avoue le journaliste.

 

 

Des buzz qui rapportent

Il déplore un intérêt certain des internautes pour des sujets dits légers. Le nombre de commentaires pour des articles tels que "Certains sites rassemblent des "preuves": Michael Jackson serait vivant..." ne cessent d'attirer l'attention. "Il faut pourtant bien traiter de sujets plus importants tels que la visite du président iranien en Afghanistan. A la rédaction en tout cas, on prend plus de temps pour ce type de papiers", reprend le journaliste. Il continue son argumentation en précisant que ce sont à nouveau les thèmes importants qui sont mis en évidence. "C'est l'expérience qui permet de juger la pertinence d'un article", insiste-t-il. Oubliez donc les sujets dits légers en première page!

Vincent Genot explique qu'il ne peut refuser tout dialogue avec ses lecteurs. Ainsi, une nouvelle rubrique intitulée "Insolite" a fait son apparition sur le site du Vif. Sur les pages qui y sont consacrées, vous pourrez lire des articles qui font le buzz. "Quand Marion Cotillard montre ses seins" s'est ainsi classé à la seconde place des articles les plus lus et ce, en moins d'une semaine. "Les buzz ramènent beaucoup de visiteurs", assure le journaliste qui doit s'en satisfaire. Le nombre de clics ainsi accrus permet au site Internet de monter en référence sur des sites tels que Google. Rien de tel pour une bonne promotion du site !

 

 

L'efficacité du blog

LeVif.be a lui aussi son propre blog. "On y aborde des sujets avec une tonalité qui se veut différente d'un papier classique", rappelle Vincent Genot. Les articles plus courts aident à cet effet de fraîcheur et de vivacité. Un effet qui semble pourtant laisser de marbre les internautes puisqu'aucun commentaire n'a été posté jusqu'à présent. La nouvelle version du site qui devrait faire son apparition d'ici la fin du mois devrait d'ailleurs mettre de côté le blog. Une conséquence qui semble convenir au journaliste qui se félicite d'avoir axé son travail sur les rubriques pré existantes qui sont l'essence même du site. "On a bien développé la rubrique culture, le blog semble alors de trop ", affirme-t-il. Comme quoi, le blog ne convient pas à tous.

Mais à certains tout de même! Vincent Genot donne son opinion et parle d'un effet de mode: "Ils arrivent à blogger intelligemment pendant six mois environ. Ils ne sont pas payés alors après quelques temps, leur travail s'amoindrit". Pour le rédacteur, les bloggeurs comptent sur la chance, ce qui limite leur pouvoir d'information : "Le super scoop peut leur arriver entre les mains une fois, mais sans doute pas deux ". Pas de concurrence donc avec les journalistes qui disposent d'un plus grand nombre d'outils pour collecter, traiter et diffuser du contenu. Du côté du Vif en tout cas, les internautes sont écoutés avec parcimonie, ce qui n'empêche pas les journalistes de leur apporter un maximum de plaisir... et de lecture.

Sophie Poisson