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"Multiple médias" et journalistes à tout faire
Écrit par Christophe Morel   
Lundi, 22 Mars 2010 11:13

Les technologies multimédia et internet ont totalement bouleversé le métier de journaliste, c’est une évidence. Karim Fadoul, chef d’édition du journal La Capitale et Sébastien Capette, jeune journaliste indépendant polyvalent, n’ont pas la même vision des choses, à quelques exceptions près…

Il est loin, très loin le temps où le journaliste était reconnu pour sa spécialisation dans un domaine bien précis. Aujourd’hui, le journaliste recherché par la plupart des rédactions est le journaliste polyvalent, l’homme à tout faire. « Pour quelqu’un qui commence dans le métier, c’est impossible de ne pas savoir faire sans les technologies multimédia » confie Sébastien Capette. Ce journaliste indépendant jongle avec tous les secteurs de l’information. Correspondant chez Sudpresse, Télé MB, Vivacité, Hainaut Footmag et Le Soir, ce jeune journaliste de 23 ans a utilisé toutes les flèches de son arc pour pouvoir se glisser dans différentes rédactions. «Si je ne savais pas toucher à tout, je pense que je serais encore en train de chercher du travail » ajoute le jeune pigiste. Cette volonté des rédactions de rechercher des journalistes polyvalents, Karim Fadoul la partage. « On a trop longtemps voulu cloisonner les journalistes avec chacun à sa place mais internet est venu casser tout ce système là » affirme le chef d'édition du quotidien bruxellois.

« Parfois le web c’est un boulet »


La charge de travail de plus en plus lourde sur les épaules des journalistes est une des critiques les plus fréquentes à l’encontre du journalisme qualifié de « Rémy Bricka ». Sur ce sujet, Karim Fadoul tient à mettre les choses au point. « Si les journalistes ont beaucoup de choses à faire et que ça les dépasse, ce n’est pas bon pour eux et ce n’est pas bon pour nous non plus. Un journaliste qui preste vingt heures par jour ça ne m’intéresse absolument pas. Je préfère un journaliste qui preste deux heures par jour et qui me ramène un scoop tous les jours. Je préfère la qualité à la quantité » affirme t-il. Le chef d'édition se contredit pourtant dans une autre explication. « Ceci étant, un journaliste en 2010 doit pouvoir avoir des réflexes internet et se dire je vais faire mon reportage pour le journal papier, qu’est ce que je vais pouvoir faire pour internet ? S’il faut des compléments, est-ce que j’en prévois avant de partir en reportage ? Est-ce que j’envisage de prendre un micro, un appareil photo et une caméra?» précise le chef d’édition. Cette dernière explication contredit la précédente. Penser aux différents suppléments pour le web suppose indéniablement pour le journaliste de prévoir du temps supplémentaire. « J’aimerais vraiment pouvoir me concentrer sur un média et pas tous » admet Sébastien. «Aujourd’hui tout le monde fait tout et n’importe quoi. Personnellement quand je réalise un montage ça reste très basique car je n’ai pas le temps de m’attarder là dessus. Pour beaucoup de rédactions, les sites ne servent qu’à aguicher le lecteur. Internet c’est dans certains cas un boulet qui me fait perdre un temps précieux dans mon travail journalistique. Chacun son boulot » clame le jeune journaliste.

Exit la qualité ?

La qualité du contenu journalistique est un autre point qui fait souvent débat lorsqu’on aborde le thème des journalistes polyvalents. Pour Karim Fadoul, la technologie s’est améliorée à tel point qu’elle est désormais à la portée de tous. « La plupart des appareils photos disposent d’une excellente qualité. Bien évidemment, ça ne remplace pas un photographe professionnel mais parfois je peux demander à un journaliste de prendre la photo lui-même. Avec les progrès du numérique, la qualité d’image est la même » insiste-t-il. Pourtant, il n’est pas rare de trouver dans les journaux du groupe Sudpresse quelques photos de moins bonne qualité. Il peut s’agir de photos moins bien cadrées, peu nettes ou encore mal éclairées. «Je ne suis pas d’accord avec Karim Fadoul lorsqu’il dit que la qualité est la même » rétorque Sébastien. «Personnellement, les photos que je prends lorsque je couvre le sport ne donnent rien du tout. Par exemple, je ne suis pas capable d’effectuer les réglages lorsque j’ai des soucis de lumières et ça se ressent lors de la publication de mes clichés » ajoute-t-il.
Pour le jeune journaliste, l’idéal serait de se concentrer sur un seul domaine. Mais ce dernier n’est pas naïf est sait que les conditions économiques actuelles imposent de jouer sur tous les tableaux, principalement en presse régionale où les moyens sont moins importants. Sur ce dernier point, le chef d’édition de La Capitale semble être d'accord. « Aujourd’hui le numérique a grandement facilité les choses et nous permet de réduire certains coûts » argument t-il.
On l'a bien compris, direction et jeunes journalistes - du moins pour la grande majorité d'entre eux - n’ont pas encore trouvé l’harmonie. Les deux camps reconnaissent l'importance de pouvoir s'approprier toutes les formes actuelles de captation et de diffusion de l'information, mais les motivations de chacun sont bien différentes...

Interview de Karim Fadoul

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Morel Christophe