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"Multiple médias" et journalistes à tout faire
Écrit par Norma Luna De Bartolo   
Lundi, 22 Mars 2010 14:43

 

Il est aujourd'hui difficile de se rendre réellement compte de ce que sera demain le nouvel écosystème médiatique. Mais il semble clair que la distinction entre journalisme « en ligne » et journalisme deviendra toujours plus fragile… Jusqu’à disparaitre ? Avec quelles conséquences? Et les journalistes, quant à eux, sont-ils prêts ?


Le journaliste italien Beppe Servegnini prépare déjà l’enterrement de la presse web en tant que telle. Une provocation ? Il est indéniable que la synergie entre les différents médias a commencé depuis longtemps, bien qu'elle ne se passe pas sans difficultés. Il existe désormais un nouveau monde de l’information, de plus en plus conditionné par les possibilités offertes par les médias digitaux de gérer les fonctions typiques du journalisme: négociation avec les sources et l’opinion publique, gatekeeping et filtrage, mise en contexte et commentaire.

Pourtant, pendant des années, les rédactions des journaux ont regardé de façon “snob” les petites rédactions de la zone web qui leur étaient liées. Les journalistes du web étaient considérés comme des journalistes de deuxième catégorie. Souvent, ces derniers étaient également isolés physiquement.

 

Les "integrated newsrooms"


Aujourd'hui, les choses ont beaucoup bougé. Le web a souvent gagné sur la presse écrite grâce à sa capacité d’être partout et immédiatement, grâce aux mises à jour constantes et à l’interaction avec les lecteurs. Ainsi les rédactions et les journalistes ont dû revoir leur attitude par rapport « aux gens du web ». Chaque journal a appris à soigner sa version on line en trouvant le moyen d’en intégrer les contenus avec la version papier.

 

Si avant les deux rédactions étaient séparées, de nos jours les éditeurs les plus clairvoyantes les unissent. Ils l’ont fait le New York Times, le Washington Post, le Los Angeles Times et le Daily Telegraph, entre autres.

«Quand nous avons une information, nous la publions, en utilisant le canal disponible au moment donné. Presque toujours il ne s’agit pas du papier mais d’internet, qui n’impose pas des limites de temps ou d’espace ». Jonathan Landman, vice-directeur du New York Times, résume de cette façon la philosophie de l’integrated newsroom.
Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela signifie, pour les journalistes, avoir la capacité d'opérer dans les deux supports.

 

«Les gens me demandent à quelle heure nous commençons à bosser, je réponds que nous sommes opérationnels, grâce à un complexe système de tours, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7», explique Jim Roberts, rédacteur en chef des Informations numériques du New York Times. Les infos n’ont jamais eu d'horaires, c’étaient à nous, les journalistes, à avoir des limites ».

 

Dans une rédaction intégrée, ce qui est difficile, c'est l’organisation du travail. De plus, le passage de la théorie à la pratique, ce n’est pas toujours facile: « L’intégration est en train de se dérouler avec succès seulement dans les rédactions où à été faite beaucoup de formation »,  précise Carla T. Savalli, journaliste américaine et auteure de l’étude "Newsroom of the future". « Un changement culturel comme celui-ci ne peut pas être dicté par un mot interne à l’entreprise ! »

 

Le futur de la profession

 

Pour les journalistes, tout ça comporte la nécessité d’avoir des compétences dans le domaine « en ligne », dans la production radiophonique et télévisuelle, sans abandonner beaucoup des caractéristiques de la presse imprimée. Pourtant, selon Alberto Papuzzi, ancien professeur universitaire et journaliste italien, la convergence ne signifiera pas nécessairement « mélange de profils professionnels qui, au contraire, devront maintenir clairement leurs spécificités pour pouvoir être complémentaires ». Mais Papuzzi lui-même ne nie pas que tous les journalistes doivent forcement se confronter avec les nouvelles instrumentations techniques et les nouveaux processus productifs.

 

A partir du moment où le journaliste devient « multimédia », il ne peut plus se contenter de savoir raconter et décrire les faits. À l’ère de la société de l’info, il doit être en mesure de prendre ou chercher des photos, de tourner des petites vidéos et de savoir les monter ou d’enregistrer des voix audio, commentaires et interviews pour ensuite les reporter sur le site de son journal sous forme de fichiers audio écoutables ou bien chargeables en poadcasting.

Pour produire des textes journalistiques modernes, hypertextuels, multimédias et interactifs, le rédacteur devrait maitriser toutes les technologies qui peuvent lui permettre de maintenir toujours actuels ses articles. Tout cela demande une flexibilité extrême, une rapidité de la pensée et d’action, ainsi qu'une préparation très approfondie dans les différents médias qu’on a à disposition. Car, bien entendu, la capacité de vite comprendre quel support se prête le mieux au message qu’on veut diffuser devient cruciale.

 

Et les protagonistes de l’info, comment vivent-ils le bouleversement en cours ? D’après une étude menée fin 2009 par le Media Management Center, centre de recherche affilié à la Northwestern University de l’Illinois, il semblerait que, côté américain, les journalistes soient même impatientes: les changements arrivent moins vite que prévu. Pendant qu'en Europe, si on regarde avec beaucoup d'optimisme aux innovations apportées par le web, les professionnels de l'information reprochent aux entreprises de presse de ne pas organiser des cours de formation aux nouveaux médias.

N. L. De Bartolo